AFRIQUE: Crisis Watch a identifié les pays africains en zone de turbulence

AFRIQUE: Crisis Watch a identifié les pays africains en zone de turbulence

Le rapport de CrisisWatch met en lumière une dégradation préoccupante de la sécurité et de la stabilité politique dans plusieurs pays africains, en particulier au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Il souligne une combinaison de facteurs aggravants : expansion des groupes djihadistes, fragilité des institutions politiques, répression des sociétés civiles, rivalités géopolitiques et recomposition des alliances régionales. L’ensemble de ces dynamiques crée un environnement propice à l’instabilité durable.

Au Mali, la situation apparaît comme l’une des plus critiques. Le groupe djihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a lancé des attaques coordonnées d’une ampleur sans précédent à travers le pays. Ces offensives ont visé à la fois la capitale Bamako, des villes stratégiques du centre comme Mopti et Sévaré, ainsi que des bastions du nord tels que Kidal et Gao. En coopération avec des groupes rebelles séparatistes touaregs, ces attaques ont permis aux insurgés de reprendre certains territoires clés, notamment Kidal, symboliquement importante pour le pouvoir central. L’assaut a culminé avec la mort du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, figure centrale du régime militaire dirigé par Assimi Goïta. Le JNIM a même annoncé un blocus total de Bamako, illustrant sa capacité croissante à menacer directement le cœur du pouvoir. Cette offensive fragilise considérablement le régime militaire, dont la capacité à contrôler le territoire et à garantir la sécurité est désormais remise en question.

Parallèlement, des accusations graves de violations des droits humains pèsent sur l’armée malienne et ses alliés, notamment le Corps africain soutenu par la Russie. Des exécutions sommaires auraient été commises lors d’opérations dans le nord du pays. Sur le plan diplomatique, le Mali semble opérer un réalignement stratégique, en se distanciant de certaines positions historiques, notamment en retirant sa reconnaissance d’un mouvement indépendantiste sahraoui, ce qui reflète une redéfinition de ses alliances régionales.

Au Burkina Faso, la situation sécuritaire reste tout aussi alarmante. Les violences djihadistes persistent sur une grande partie du territoire, alimentées à la fois par des attaques de groupes armés et par des affrontements entre factions rivales, notamment entre le JNIM et l’État islamique au Sahel. Face à cette insécurité, le gouvernement a intensifié la répression contre la société civile. Plus de 100 organisations ont été dissoutes, souvent sous prétexte de non-conformité à des lois restrictives sur la liberté d’association. Cette décision fait suite à un rapport accusant toutes les parties au conflit, y compris les forces de sécurité et leurs auxiliaires civils, d’avoir commis des crimes contre l’humanité, notamment des massacres de civils, en particulier parmi la communauté peule. Les autorités ont rejeté ces accusations et dénoncé une ingérence étrangère. Par ailleurs, des cas de décès en détention et de disparitions d’activistes, y compris parmi des partisans du régime, suggèrent des tensions internes et une possible érosion du soutien au pouvoir.

En Côte d’Ivoire, la situation sécuritaire semble plus stable, mais reste marquée par des menaces persistantes. Un tribunal a condamné plusieurs individus à de lourdes peines pour leur implication dans une attaque djihadiste survenue en 2020 dans le nord du pays. Cet événement rappelle que le pays demeure exposé à l’expansion des groupes armés opérant dans le Sahel. En outre, une enquête journalistique a révélé des tentatives d’ingérence russe visant à étendre son influence en Côte d’Ivoire, notamment par des campagnes de désinformation. Bien que ces efforts semblent avoir eu un impact limité jusqu’à présent, ils témoignent d’une intensification de la compétition géopolitique en Afrique, où les puissances étrangères cherchent à influencer les dynamiques politiques et sécuritaires.

Au Bénin, la situation est caractérisée par une stabilité apparente sur le plan politique, mais entachée par des préoccupations démocratiques. L’élection présidentielle a été largement remportée par le candidat soutenu par le président sortant, dans un contexte marqué par l’absence d’une véritable opposition, le principal parti ayant été exclu du processus. Bien que le scrutin ait été validé officiellement, des incidents sécuritaires ont été signalés dans les régions du nord, proches des zones d’activité djihadiste. Par ailleurs, l’arrestation à l’étranger d’un activiste accusé d’incitation à la rébellion illustre les tensions politiques internes et la volonté du gouvernement de contrôler les voix dissidentes.

En Guinée, la transition politique reste incertaine. Le gouvernement militaire semble consolider son pouvoir en vue des élections législatives et locales. Le report du scrutin, officiellement pour des raisons logistiques et religieuses, pourrait affecter la participation électorale. La dissolution de nombreux partis politiques et la participation de membres du gouvernement de transition aux élections, malgré des restrictions initiales, soulèvent des questions sur la crédibilité du processus démocratique. En parallèle, la Guinée cherche à renforcer ses partenariats économiques internationaux, attirant des investisseurs malgré un contexte institutionnel fragile et un bilan préoccupant en matière de droits humains.

Au Niger, la situation sécuritaire est marquée par une intensification des affrontements entre groupes djihadistes rivaux. Une attaque particulièrement meurtrière entre le JNIM et l’État islamique au Sahel a causé des dizaines de morts, illustrant la complexité croissante du paysage sécuritaire. Sur le plan diplomatique, le Niger et ses partenaires de l’Alliance des États du Sahel ont amorcé un rapprochement avec la CEDEAO après plusieurs années de tensions, grâce notamment à une médiation togolaise. Toutefois, les relations bilatérales restent fragiles, notamment avec certains pays voisins. Le Niger poursuit également une stratégie de diversification de ses partenariats militaires, en renforçant sa coopération avec la Turquie, ce qui témoigne d’une volonté de réduire sa dépendance à l’égard des partenaires traditionnels.

Plus largement, le rapport met en évidence une tendance régionale à la recomposition des alliances. L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant plusieurs pays dirigés par des régimes militaires, cherche à affirmer son autonomie vis-à-vis des organisations régionales traditionnelles comme la CEDEAO. Les tentatives de dialogue entre ces blocs, notamment sous l’égide du Togo, restent fragiles mais constituent une ouverture vers une possible coopération accrue. Toutefois, les tensions persistantes entre certains États entravent les progrès vers une stabilité régionale durable.

Enfin, le rapport souligne le rôle croissant des puissances étrangères dans les dynamiques africaines. La Russie, la Turquie, l’Union européenne et d’autres acteurs internationaux intensifient leur présence, que ce soit par des partenariats militaires, économiques ou des opérations d’influence. Cette compétition géopolitique ajoute une couche supplémentaire de complexité aux crises locales, en influençant les choix stratégiques des gouvernements et en alimentant parfois les tensions internes.

En conclusion, CrisisWatch dresse un tableau préoccupant de la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel. La montée en puissance des groupes djihadistes, la fragilité des institutions politiques, la répression des sociétés civiles et les rivalités internationales convergent pour créer un environnement instable. Les perspectives à court et moyen terme restent incertaines, avec des risques élevés d’escalade des conflits. Toutefois, les initiatives de dialogue régional et les efforts de coopération internationale pourraient offrir des opportunités pour atténuer ces crises, à condition qu’elles soient accompagnées de réformes politiques inclusives et d’un respect accru des droits humains.