L’amnistie au Sénégal dans tous ses états

Monsieur le Président, Mes Chers Collègues, le Chef de l'Etat a fait son devoir de Guide d'une Nation qu'il veut réconciliée avec elle-même et unie dans le débat démocratique. - Aux représentants de la Nation que nous sommes de faire le nôtre et d'exprimer par un vote unanime notre soutien sans réserve à la magnanimité du Président de la République. - Aux Sénégalais de comprendre la noblesse et la clémence du geste. - Aux citoyens plus directement concernés de méditer ces paroles de Jean Jacques Rousseau "Je connais trop les hommes pour ignorer que souvent l'offensé pardonne mais que l'offenseur ne pardonne jamais », ainsi s’exprimait brillamment, le Député Samba Yella DIOP, Rapporteur de la Commission de la Législation, de la Justice, de l'Administration générale et du Règlement Intérieur.
L’amnistie est une prérogative constitutionnellement dévolue à l’Assemblée nationale. Aux termes du quatrième tiret de l’article 67 de la Constitution du 22 janvier 2001 en vigueur « la loi fixe les règles concernant (…) l’amnistie ». Plus exactement, on peut dire que c’est « un pardon légal » car une loi d’amnistie supprime le caractère d'infraction à certains faits. Il s’agit d’une « mesure générale et collective » qui bénéficie à toute personne condamnée ou susceptible d’être ultérieurement poursuivie. Les auteurs des infractions ciblées par la loi sont désormais « reconnus comme innocent ».
Contrairement à l’amnistie, la « grâce », est exclusivement reconnue au Président de la République. C’est le sens de l’article 47 de la Constitution disposant que « le Président de la République a le droit de faire grâce ». Cette mesure, communément appelée « grâce présidentielle », bénéficie à des détenus qui sont en train de purger leurs peines. La mesure de grâce dispense seulement les condamnés de subir la peine d'emprisonnement restant à courir. C’est une « baisse de la durée d'emprisonnement » prononcée par une juridiction pénale (remise de peine). Au Sénégal, les mesures de grâce font l’objet, parfois, d’un décret individuel et, c’est souvent le cas, d’un décret collectif régissant des situations pénales distinctes.
En conséquence de ces précisions, il s’impose, au regard du contexte politique en cours au Sénégal, de faire l’état des lieux des lois d’amnistie avant de réfléchir sur l’état de son droit et de s’interroger sur ses limites en relation avec les développements récents de la justice pénale internationale.
I/ Le bilan des lois d’amnistie (1960 à 2023)
Pour oublier des moments troubles ou tragiques de son histoire, le Sénégal a adopté des lois d’amnistie aux relents politiques ou sécuritaires.
- i) L’ordonnance n° 60-32 du 18 octobre 1960 portant amnistie
Sur ce point précis, il n’est pas inutile de rapporter que la loi n° 60-045 A.N. du 26 août 1960 portant révision de la Constitution, adoptée à la suite la dissolution de la Fédération du Mali, conférait d’importantes prérogatives au Président du Conseil, Mamadou DIA. A ce titre, il « assure l’exécution des lois » et « dispose du pouvoir réglementaire ».
- ii) Loi n° 64- 08 du 24 janvier 1964 autorisant l’amnistie
- iv) Loi n° 76-21 du 19 mars 1976 portant amnistie de plein droit des infractions à caractère politique
- v) Loi n° 81-18 du 06 mai 1981 portant amnistie
- vi) Loi n° 88-01 du 04 juin 1988 portant amnistie
- ix) Loi n° 2005-05 du 17 février 2005 portant loi d’amnistie