Pandémies : l’ONU veut être prête pour la prochaine crise

Pandémies : l’ONU veut être prête pour la prochaine crise

Le monde doit tirer les leçons de la pandémie de Covid-19 et transformer les engagements pris depuis en une préparation durable, fondée sur la solidarité, l’équité et la coopération internationale, a déclaré vendredi le Secrétaire général de l’ONU lors d’une réunion de haut niveau consacrée à la prévention, à la préparation et à la riposte aux pandémies, au siège des Nations Unies à New York.

Dans un message lu par la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina J. Mohammed, António Guterres a rappelé que la pandémie avait démontré une réalité fondamentale : « aucun pays ne peut se protéger seul » face à une menace sanitaire mondiale.

« Notre responsabilité maintenant est de transformer cette leçon en une préparation durable », a-t-il déclaré, appelant à renforcer les systèmes de santé, à mobiliser la science et à soutenir les communautés et les agents de santé locaux.

Cette nécessité reste particulièrement visible alors que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à une nouvelle flambée d’Ebola. Pour le Secrétaire général, cette crise rappelle que les agents pathogènes dangereux continuent de mettre à l’épreuve la capacité collective du monde à se préparer.

Des engagements à concrétiser

Depuis l’adoption, en 2023, d’une déclaration politique sur la prévention, la préparation et la riposte aux pandémies, des progrès importants ont été réalisés. Ils comprennent notamment les amendements au Règlement sanitaire international et l’adoption de l’Accord de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur les pandémies.

Mais António Guterres a souligné que le travail était loin d’être terminé. Les négociations sur le système d’accès aux agents pathogènes et de partage des avantages (PABS), qui doit compléter l’Accord sur les pandémies, doivent notamment être menées à leur terme.

« Il n’y a pas de temps à perdre », a-t-il insisté, appelant les États membres à accélérer ces négociations.

Le Secrétaire général a identifié trois priorités : combler les importants déficits de financement, adopter une véritable approche « Une seule santé » reliant la santé humaine à celle des animaux et de l’environnement, et garantir un accès équitable aux outils permettant de sauver des vies.

Il a notamment appelé à financer de manière prévisible et durable les systèmes de santé communautaires, indispensables pour détecter, surveiller et contenir les flambées épidémiques.

« Lorsque les communautés sont protégées, nous sommes tous protégés », a-t-il affirmé.

Ne pas oublier la pandémie de Covid-19

Le Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Khalilur Rahman, a lui aussi appelé à ne pas effacer la pandémie de la mémoire collective. Évoquant l’expérience personnelle de sa fille, médecin ayant soigné des patients atteints du Covid-19, il a rappelé les pertes humaines, les systèmes de santé débordés, les économies perturbées et les écoles fermées.

« Nous ne pouvons pas effacer la Covid-19 de nos mémoires », a-t-il déclaré. Il faut au contraire examiner ce qui a fonctionné et ce qui a échoué afin de mieux se préparer à la prochaine menace.

Selon lui, la préparation aux pandémies ne peut être une mesure temporaire activée uniquement lorsqu’une crise survient. Elle doit être intégrée aux systèmes de santé dont les populations dépendent quotidiennement.

Cela passe notamment par des données rapides et fiables, des personnels de santé correctement formés et équipés, ainsi qu’un accès équitable aux vaccins, aux diagnostics et aux traitements.

« Le moment est venu »

Le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a rappelé qu’en 2017, lorsqu’il avait été interrogé sur la capacité du monde à affronter une prochaine pandémie, sa réponse avait été négative. Deux ans plus tard, la Covid-19 est apparu.

Selon lui, la pandémie a causé plus de 20 millions de décès supplémentaires et entraîné plus de 10.000 milliards de dollars de pertes pour l’économie mondiale.

Depuis, l’OMS a mis en place plusieurs initiatives destinées à renforcer la surveillance, les capacités nationales, l’accès aux vaccins et autres outils médicaux, ainsi que les capacités internationales de riposte.

Les États ont également renforcé le cadre juridique international, avec l’adoption d’amendements au Règlement sanitaire international et, l’an dernier, de l’Accord sur les pandémies de l’OMS.

Tedros a toutefois souligné que le dernier élément nécessaire à la mise en œuvre de cet accord reste le système PABS.

« Le moment est venu de mener à bien le PABS », a-t-il exhorté, estimant que tout nouveau retard aurait des conséquences lorsque surviendra la prochaine pandémie.

Le chef de l’OMS a résumé l’enjeu en une formule devenue emblématique depuis la pandémie de Covid-19 : « personne n’est en sécurité tant que tout le monde ne l’est pas ».

Pour António Guterres, la prochaine pandémie n’est pas une question de savoir « si » elle surviendra, mais « quand ». L’objectif de la réunion de haut niveau est donc de faire en sorte que le monde soit mieux préparé lorsque cette prochaine menace apparaîtra.

La réunion de haut niveau s'achève sans déclaration

Les délégués ne sont pas parvenus à un accord sur une déclaration politique. Leurs travaux vont se poursuivre au-delà de cette réunion de haut niveau.

L'Assemblée mondiale de la Santé et ses 194 membres se réuniront pour leur 80e session en mai 2027 afin de finaliser l'annexe relative aux agents pathogènes, une étape cruciale vers l'entrée en vigueur de l'accord historique de l'OMS sur les pandémies.

Un nouveau projet de déclaration

Les délégués doivent approuver une nouvelle déclaration politique.

Eléments essentiels du texte :

  • La sécurité sanitaire nationale ne peut être assurée sans solidarité mondiale.

  • La coopération internationale est essentielle pour protéger les communautés et les pays contre les menaces transfrontalières.

  • Le texte reconnaît que la prévention des pandémies commence bien avant l’apparition d’une flambée épidémique.

  • Il souligne l’importance d’une approche « Une seule santé » qui prend en compte les liens entre la santé humaine, animale et environnementale.

« Nous disposons des connaissances scientifiques »

Se préparer à une pandémie implique bien plus que des laboratoires, de la surveillance et des stocks. Comme l’a souligné Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’ONUSIDA, lors de la réunion de haut niveau, la préparation doit permettre aux populations de suivre les recommandations de santé publique. En effet, demander à une femme de rester chez elle pendant une pandémie n’est pas réaliste si cela signifie que ses enfants ne pourront pas se nourrir.

Cela implique que la préparation aux pandémies nécessite également une protection sociale, des services gérés par les communautés, le respect des droits, des données, des financements et des systèmes capables d’atteindre les personnes les plus exposées aux risques.

« Nous disposons des connaissances scientifiques. Il nous faut désormais la solidarité et les systèmes nécessaires pour les mettre en œuvre  »