PRIMES IMPAYÉES À SENELEC : La menace de délestages en pleine canicule

La Convergence Syndicale des Travailleurs de Senelec (CSTS) engage un bras de fer avec les autorités et la direction autour du paiement de la Prime sur le Résultat Annuel Bénéficiaire (PRAB). Dans une déclaration au ton particulièrement ferme intitulée « AT-TENSION 2026 KILOVOLTS : Qui s'y frotte, s'y pique !!! », l'organisation syndicale dénonce une remise en cause d'un acquis social historique, exige le paiement immédiat de la prime et annonce un plan d'action national qui pourrait marquer le début d'une importante mobilisation des travailleurs.
Les travailleurs de Senelec ne comptent pas céder sur ce qu'ils considèrent comme un droit acquis. Dans une déclaration rendue publique, la Convergence Syndicale des Travailleurs de Senelec (CSTS) rappelle que les agents de la société nationale d'électricité ont, malgré un contexte particulièrement difficile marqué par les profondes mutations du secteur de l'énergie, continué à assurer la continuité et la qualité du service public de l'électricité au bénéfice des populations, des entreprises et de l'administration.
Selon la CSTS, cet engagement permanent, conjugué au sens du sacrifice et au professionnalisme des travailleurs, a permis à Senelec d'enregistrer des performances qualifiées d'historiques. C'est pourquoi le syndicat juge incompréhensible que les salariés soient aujourd'hui désignés comme responsables de difficultés financières dont ils ne seraient ni les auteurs ni les bénéficiaires.
Une prime considérée comme un droit acquis
Au cœur de la contestation figure la Prime sur le Résultat Annuel Bénéficiaire (PRAB), dont le paiement serait aujourd'hui remis en cause. Pour la CSTS, cette prime repose sur un principe simple qui n'a jamais varié depuis son instauration : dès lors que Senelec dégage un bénéfice comptablement constaté dans les états financiers certifiés par les Commissaires aux comptes et approuvés par le Conseil d'administration, la prime est versée aux travailleurs.
Le syndicat insiste sur le fait qu'aucun autre critère n'a jamais été exigé. Ni les ratios d'endettement, ni la solvabilité fiscale, ni quelque autre indicateur financier n'ont, selon lui, conditionné le paiement de cette prime.
La CSTS estime ainsi que la PRAB répond pleinement aux critères juridiques de « généralité », de « constance » et de « fixité » qui caractérisent un usage en droit social. À ce titre, elle considère que cet avantage est désormais un acquis protégé, notamment par les dispositions de la Convention collective nationale interprofessionnelle.
Pour les responsables syndicaux, invoquer aujourd'hui de nouveaux critères financiers afin de refuser le paiement de cette prime relève d'une interprétation opportuniste et constitue un prétexte inacceptable.
Les difficultés financières ne doivent pas être supportées par les travailleurs
La CSTS rejette également toute tentative d'imputer aux salariés les difficultés financières actuelles de l'entreprise. Elle rappelle que celles-ci trouvent essentiellement leur origine dans d'importantes créances non recouvrées.
Le syndicat affirme que l'État du Sénégal demeure redevable à Senelec de plus de 182 milliards de francs CFA au titre des consommations d'électricité de l'administration centrale, des collectivités territoriales, des agences autonomes, de l'éclairage public et de diverses structures publiques.
À cette dette s'ajoutent près de 9 milliards de francs CFA dus par les concessionnaires de l'électrification rurale, près de 60 milliards de francs CFA correspondant aux créances liées aux exportations d'électricité ainsi que 391 milliards de francs CFA représentant les compensations tarifaires que l'État devrait verser à Senelec.
La CSTS rappelle également que l'entreprise a absorbé, sans compensation, le coût de la baisse des tarifs de l'électricité décidée par les pouvoirs publics en 2025, une mesure qui aurait représenté une charge supplémentaire d'environ 18 milliards de francs CFA.
Dans ces conditions, les travailleurs considèrent qu'il serait profondément injuste de leur faire supporter les conséquences d'engagements financiers non honorés par d'autres acteurs.
« Les acquis sociaux ne sont ni négociables ni sacrifiables »
Face à cette situation, la CSTS adopte un ton résolument offensif. Elle affirme que les droits sociaux des travailleurs ne sont « ni négociables, ni sacrifiables, ni confiscables » et prévient que toute tentative de remise en cause constituerait une ligne rouge.
Le syndicat avertit que les responsabilités d'un éventuel conflit social incomberaient entièrement à ceux qui privilégieraient la confrontation au dialogue.
La centrale syndicale exige ainsi le paiement immédiat et intégral de la PRAB ainsi que le respect strict des droits acquis conformément à la Convention collective nationale interprofessionnelle.
Elle demande également à l'État du Sénégal de procéder sans délai au règlement des importantes créances dues à Senelec et d'honorer ses engagements concernant les compensations tarifaires afin de préserver durablement les équilibres financiers de la société nationale.
Une montée en puissance de la mobilisation
Pour appuyer ses revendications, la CSTS a dévoilé un calendrier précis de mobilisation.
Le plan d'action débute par la publication de la déclaration ce jeudi 9 juillet 2026. Le lundi 13 juillet, les travailleurs sont invités à porter un brassard rouge sur toute l'étendue du territoire national à partir de 7 h 30, avant une conférence de presse prévue à 11 heures à Keur Gorgui.
La mobilisation se poursuivra le mardi 14 juillet avec une assemblée générale organisée dans la cour de Vincens, au siège de Senelec, où les quatre secrétaires généraux de la CSTS devraient donner les nouvelles orientations du mouvement.
Tout en réaffirmant sa disponibilité pour un dialogue social sincère, la Convergence Syndicale des Travailleurs de Senelec estime que les discussions ne sauraient servir de prétexte à retarder indéfiniment la satisfaction de revendications qu'elle considère comme légales et légitimes.
À travers cette déclaration particulièrement offensive, le syndicat entend afficher sa détermination à défendre les acquis sociaux des travailleurs et prévient que toute tentative de régression sociale fera l'objet d'une riposte syndicale « proportionnelle à la gravité des attaques » dirigées contre les intérêts des salariés.Cheikh GUEYE